Clifford Holmead Phillips

Clifford Holmead Phillips (1889-1975), expressionniste américain.

En 1912, il part pour l’Europe et visite un très grand nombre de musées. Autodidacte, il entreprend sa formation de peintre et acquiert d’immenses connaissances en matière d’art et d’histoire de l’art. Il dessine sans arrêt, travaille beaucoup à la peinture à l’huile. Il devient un excellent dessinateur

Lors d’un autre voyage en Europe, il découvre une peinture du fauviste Maurice de Vlaminck, un choc fondamental pour lui. Dans les ateliers qu’il loue tantôt à New York, tantôt à Paris ou Bruges, Phillips peint maintenant des compositions aux teintes chaudes où l’expression, le mouvement et l’intensité tiennent une très grande place. Il se considère désormais comme un expressionniste. De 1926 à 1936, il expose dans de nombreuses galeries à New York, Philadelphie, Paris, Détroit, Chicago et Munich. Il expose à la Montross Gallery à New York à partir de 1927. Un an plus tard, c’est la très renommée Galerie Durand-Ruel qui l’expose à New York, son succès international semble assuré.

Il refuse l’expressionnisme abstrait et refusera l’abstraction dans ses peintures jusqu’à la fin de sa vie. De 1924 à 1931, il vit à Bruges. En 1932/33, il habite surtout à Munich où il rencontre sa future épouse, Elisabeth Fritze, une photographe de Brême. Il y est témoin de la montée du nazisme et cette époque sombre commence à se refléter dans son art. Certaines de ses œuvres montrent les influences de Georges Rouault et Emil Nolde, grands réformateurs de la peinture religieuse. Le 9 avril 1940, les troupes allemandes envahissent la Norvège, il réussit à retourner aux Etats-Unis où il restera jusqu’en 1956.

Aux USA, l’enthousiasme pour l’art européen abstrait et surréaliste est énorme, mais il n’est pas prêt à suivre la nouvelle tendance pour l’expressionnisme abstrait. Il repart à Bruxelles en 1956. Les bonnes relations qu’il avait avec les galeries, directeurs de musées et collectionneurs ne pourront jamais se renouer. Il se trouve dans l’obligation de repartir de zéro mais méprise le nouveau marché de l’art. Jusqu’à sa mort en 1975, Holmead vit retiré à Bruxelles où il peint des paysages ouverts où le ciel se distingue très bien ou montrant un intérieur de forêt constitué de feuilles, de troncs et de lumières. Il peint des maisons qui font penser à des allégories littéraires des bâtiments aux formes presqu’inquiétantes.

Et enfin, cinq ans avant sa mort, apparaissent ces visages et ces paysages qui constituent sa grandiose œuvre tardive. Il exprime dans ces peintures sa vision toute personnelle de l’expressionnisme abstrait qu’il nomme «Shorthand Painting» (une peinture sténographique). Les paysages exécutés en quelques traits à la spatule, les têtes de caractères sont le résultat et l’essence de sa longue vie de peintre. Tout ce qu’il sait, tout ce qu’il a appris ou cherché à atteindre, Holmead le place dans ces couches de couleurs ravinées à coups de traits rapides à la spatule.

En 1970, il écrit à sa fille Margaret : «Pendant des années j’ai dormi dans mon cercueil, mais soudain j’ai décidé de me lever et de faire quelque chose. C’est comme cela que j’ai créé le «Shorthand Painting», une méthode qui ne peut voir le jour que si elle est exécutée dans l’instant et spontanément tout en restant claire comme du cristal. Si je travaille plus de sept à huit minutes à mon tableau, j’obtiens une image de carte postale que je ne peux pas accepter. Cette forme spontanée éveille un très vif intérêt chez ceux qui comprennent la peinture».

Clifford Holmead Phillips (1889-1975), Araignée bleue, crayon sur papier, 21 x 29 cm.
Clifford Holmead Phillips (1889-1975), Portrait d’Homme, crayon sur papier, 25 x 20 cm.
Clifford Holmead Phillips (1889-1975), Croquis de paysages urbains, crayon sur papier.